On ne lit pas une pièce. On entre dedans.
Un texte de théâtre n’est pas un roman amputé de ses descriptions. Il n’est pas non plus une histoire à laquelle on aurait simplement ajouté des noms devant des répliques.
Il est écrit pour être traversé par des corps, des voix, des silences, des regards, des déplacements et du temps.
Quand je lis une pièce, je n’attends pas qu’elle me décrive tout. Je cherche ce qui manque. Ce que le personnage ne dit pas. Ce que l’acteur devra trouver entre deux phrases. Ce qu’un silence raconte mieux qu’une explication.
C’est peut-être pour cela qu’une bonne pièce peut parfois sembler presque pauvre sur la page. Elle laisse de la place.
Elle laisse de la place à l’acteur.
Au metteur en scène.
Au spectateur.
Une réplique n’existe jamais seule. Elle dépend de celui qui la dit, de celui qui l’entend, de ce qui vient de se passer et de ce qui va suivre. Une phrase banale peut devenir terrible. Une phrase violente peut devenir drôle. Un « oui » peut vouloir dire exactement l’inverse.
C’est là que commence le théâtre.
Je viens de la scène, et cela influence profondément ma manière d’écrire. J’entends très souvent une phrase avant de la voir écrite. Je cherche son rythme, sa respiration, parfois même l’endroit où elle doit s’arrêter.
Je ne crois pas qu’un texte théâtral doive tout donner au lecteur.
Je crois qu’il doit donner assez pour que quelqu’un ait envie de le prendre, de le défendre, de le transformer et de le faire vivre.
On ne lit pas une pièce comme un roman.
On entre dedans.
Et parfois, on y reconnaît une phrase, un silence, une lâcheté, un désir ou une peur que l’on connaît un peu trop bien.
Si mes textes fonctionnent, c’est peut-être parce qu’ils essaient de ne pas mentir.
Même quand ils exagèrent.
Pour l’extrait du blog, mets :
Une pièce de théâtre n’est pas un roman amputé de ses descriptions. Elle est écrite pour être traversée par des corps, des voix, des silences et du temps. On ne la lit pas seulement : on entre dedans.
